Les mâchoires de l'océan...


Les mâchoires de l'océan...

C'est en adaptant à l'écran un roman de Peter Bradford Benchley en 1975 ,que Steven Spielberg connait son premier succès mondial. Jaws, plus connu chez nous sous le titre « les dents de la mer » a couté 12 millions de dollars, il en remportera 470. La formule magique de JAWS ne tient pas dans l'apparition d' une énième créature aquatique issue du bestiaire fantastique (L'Étrange Créature du lac noir, le calamar géant de 20 000 lieux sous les mers) mais dans celle d'un prédateur bien réel, le requin. C' est par ailleurs cette absence de dérive fantastique qui fera de Jaws ( au même titre que la série des « Airport ») une expérience si traumatisante pour le spectateur. Depuis chaque été, sur les plages du monde entier, des millions de touristes pénètrent dans le décors d'un des plus saisissant film d'épouvante de l'histoire du cinéma, en ayant une petite pensée pour le requin blanc de Speilberg. Et que dire sinon qu'ils s'exposent en effet à une menace statistiquement faible mais potentiellement réelle.

L'autre raison de l'efficacité de Jaws tient sans doute dans l'orchestration de ce opéra nautique. Spielberg y excelle dans sa définition du piège aquatique, faisant naitre et retomber la tension dramatique de son métrage tout en abandonnant ses personnages à une certaine fatalité et à l'impuissance. Beaucoup de cinéphiles font un parallèle avec son premier film « Duel » mettant en scène un prédateur mécanique.


Non content d'avoir traumatisé des générations de baigneurs, le film engendra une ribambelle de clones ces 35 dernières années . Des dizaines de réalisateurs entreprirent d'éveiller en nous les peurs les plus primaires, celle du prédateur, de l'eau, du noir...Sans pour autant parvenir à égaler l'œuvre originelle ni à effacer de nos mémoires le thème musical annonciateur d'une attaque de squale qui rapporta  à John Williams un Oscar.

Après le succès de Jaws, les studios réclamèrent une suite. Trois furent tournées, la première fut réalisée en 1978 par le français Jeannot Szwarc. Jaws 2 reprends l'essentiel de la trame, les situations et personnages du film de Spielberg. A tel point que certains y verront plus un remake qu'une suite. Souvent sous estimé, le film de Szwarc reste pourtant le digne prolongement de Jaws. Bien des séquences restées dans l'imaginaire collectif associées aux dents de la mer sont en faite extraites de sa suite. Pour une raison évidente de prononciation, le film ne fut pas titré « les dent de la mer 2 » en France mais « les dents de la mer: deuxième partie ». Le troisième opus marque une rupture profonde dans la série en abandonnant le personnage du Sherif Brody et les plages d'Amity. L'intrigue de Jaws 3 se concentre sur ses fils et le requin évolue cette fois dans un parc d'attraction aquatique. La réalisation échoue dans les mains de Joe Alves , qui a collaboré au premier Jaws et fut même pressenti pour réalisé Jaws 2 . (Auquel il participera également en tant Second Unit Director) Il est peu dire que le film n'a pas  bonne réputation. Pour des raisons commerciales il fut tourné en relief et exploité en salle durant l'année 1983. Ce pop corn movie bien éloigné du métrage Speilberg vaut cependant le coup d'œil . Il conservera même pendant plus de 20 ans le titre de Film 3D ayant généré le plus de bénéfices. Pour l'anecdote , le projet Jaws 3 était originellement prévu pour être une parodie réalisée par Joe Dante  et titrée : Jaws 3 – people 0. Enfin, le calamiteux et plat Jaws 4 de Joseph Sargent mettra fin à la série en 1987.

Piranha, réalisé en 1978 par Joe Dante pour le compte du malin Roger Corman est souvent considéré comme un des premiers ersatz des « dents de la mer ». Si il recycle une bonne partie des thématiques de Jaws , remplaçant le requin par les poissons carnassiers d'Amérique du sud, Piranha (Piranhas chez nous) est devenu lui aussi une série B culte au point d'enfanter à son tour d'une série de bobines plus ou moins regardables. En 1979 , l'italien Antonio Margheriti commettra sous le pseudonyme de Anthony M. Dawson « Killer Fish » que nous connaissons mieux sous le nom de « l'invasion de Piranhas ». Il s'agit en fait d'un simple film d'aventure avec Lee Major où les poissons tueurs n'ont qu'un rôle secondaire. En 1981, les poissons ont des ailes et sévissent désormais, comme le laissait présager la fin du film de Dante, dans l'océan. C'est James Cameron qui fera ses débuts de réalisateur avec ce Piranha Part Two: The Spawning. Le film assez mauvais au passage est aujourd'hui encore entouré de rumeurs. Cameron ne parvenant pas à trouver un terrain d'entente avec son producteur Ovidio G. Assonitis , ce dernier finalement lui aurait enlevé la réalisation des mains. La légende veut que Cameron ait même essayé de pénétrer par effraction dans la salle de montage pour imposer sans succès sa vision. En 1995, Roger Corman produira un remake du premier Piranha, somme tout assez fréquentable même si il n'arrive pas à la cheville du Piranha de Dante. Un deuxième pseudo remake sera réalisé en 3D par le français Alexandre AJA en 2010. On notera également l'existence d'une production de the Asylum destinée à devancer le succès de Piranha 3D: Mega Piranha
.
En 1977 , Dino de laurenti produira ORCA, mettant en scène un orque épaulard tueur. En 1978, Harry Kerwin & Wayne Crawford accoucheront d'un Baracuda , sous titré avec opportunisme les dents de la mort. La substitution du prédateur aquatique par un autre est une façon comme une autre de se démarquer de JAWS tout en conservant l'essence du film. Mais il faudra attendre 1981 pour voir débarquer sur les écrans un plagiat plus assumé. « L’Ultimo squalo », ou « the last Jaws » est exploité en France sous le nom « la mort au large ». Il s'agit ni plus ni moins qu'une copie italienne des dents de la mer que nous devons à l'immense artisan du cinéma bis qu'Enzo G. Castellari . L'exploitation du film sur le territoire américain lui vaudra un procès pour plagiat qu'Universal remporte. Le film est donc retiré de l'affiche peu de temps après sa sortie et interdit en Amérique du nord. Il faut dire que la mort au large reprend point par point les éléments scénaristique des dents de la mer Pour porter un peu plus à confusion l'affiche du film met en premier plan un planche à voile qui arbore une énorme chiffre 3 . Malgré la pauvreté des moyens , le ridicule des apparitions du requin souvent figé la gueule ouverte, cette « mort au large » est sans doute l'un des rip-off les plus divertissant et décomplexé de l'histoire du cinéma d'exploitation italien. La mort au large est sorti sur les écran français en décembre 1981 .Il y connaitra également beaucoup de succès sur le marché de la vidéo. Universal bloque toujours la distribution du film en DVD sur le territoire américain.

Lamberto Bava, fils du légendaire Mario Bava réalise en 1984 : Shark rosso nell’oceano exploité en France sous les titres « apocalypse dans l'océan rouge » ou « le monstre de l'océan rouge. » Cette curiosité cinématographique navrante d'un bout à l'autre, met un scène un monstre mi pieuvre, mi requin et laisse apparaitre le nom du réalisateur de comédie français Max Pecas au générique ! Un très mauvais film ! En 1995 , un nouveau film de requin italien véritable copie carbone des dents de la mer verra le jour. Il s'agit de « Cruel Jaws » de Bruno Mattei. Sa particularité fut de recycler bon nombre des séquences de «la mort au large » , de « Deep blood » autre « requinerie » italienne signée par Joe D'Amato mais aussi des deux premiers Jaws. La pratique n'est pas sans poser d'évident problème de raccord. Malgrés l'indigence de ces quelques bobines, son usage immodéré de nuit américaine , quelques distributeurs eurent l'audace de faire le parallèle avec Jaws. Le film sortie en laserdisc aux états unis sous le titre : Jaws 5 : Cruel Jaws. En france la jaquette de la vidéocassette éditée par TF1 vidéo annonce la couleur : « après les dents de la mer, le retour du requin tueur ».

Reny Harlin relancera l'intérêt pour les films de requins à la toute fin des années 90. Deep Blue Sea débarque sur les écrans français en 2000 sous le titre Peur Bleue. A défaut d'être convaincant il ouvrira la voie à bon nombre de direct to vidéo. La firme NU IMAGE par exemple lancera la série des fameux « Shark attack » . Depuisn de nouveaux téléfilms mettant en scène des requins tueurs, géants , préhistoriques ou génétiquement modifiés s'échouent régulièrement  dans les linéaires de vidéoclubs: Shark zone , Raging Shark , red water , blue demon ...