Henry, portrait d'un serial killer : Critique et test DVD


Le 8 Avril 2014, Filmédia se fendra de nouvelles éditions d' «Henry, portrait d'un serial killer». Au menu , un nouveau master haute définition, des éditions double DVD collector et Bluray, un monstre humain avec près de 200 homicides au compteur et le destin curieux d'une non moins curieuse péloche appelée à devenir culte. Ecranbis.com livre son aussi printanier que sanglant review !

Si nous ne sommes en général pas les derniers à nous réjouir des ressorties de classiques du cinéma de genre sur la galette bleutée, je me dois aussi d' avouer que ces retours de boomerang, aussi HD soient-ils, finissent par nous (chroniqueurs, observateurs et autres bêtes à plumes) abandonner dans une forme de  stupeur voire d' embarras. Oui, messieurs, dames, de quoi avons nous l'air, nous et nos chroniques retardataires? Des crocheteurs de serrures déjà forcées ? Puisque au fond tout a déjà été dit , redit , écrit , réécrit, il faut , courbant l'échine, pénétrer en s'excusant dans ces œuvres cathédrales, multiplier les révérences et courbettes, jusqu'à l'épuisement, de peur de passer pour un infâme et suffisant personnage, ré-inventeur de roue à temps perdu, ayant discerné vingt ou trente années après la guerre dans le magma pelliculaire de la création une forme qui aurait échappé à tous et à toutes.



Je tenterai donc ici de ne pas rejoindre le camp de ceux qui, plus souvent pour faire les intéressants que par sincérité, finissent par voir dans un film plus que le réalisateur n'a bien voulu y mettre. Disons non à l'ivresse verbale de la critique tardive, comme nous disons non à l'hypersémentisation du psychanalyste de comptoirs ! Ma gène déballée avec la sincérité que Christine Taubira n'a visiblement plus, je me livre aux lions et aux lecteurs. Il est évidemment impossible de parler du film de John McNaughton sans, d'une part, évoquer un double parcours, celui d' Henry Lee Lucas, sa créature létale et le chemin sinueux qui conduira le film à entrer dans l'histoire du cinéma et au panthéon du culte.

Henry Lee Lucas, puisqu'il faut bien commencer par quelque chose, est unanimement considéré comme l'un des tueurs en série les plus monstrueux que l'humanité n'ait jamais enfantée. Pas question de discuter l'appellation, la formule, d'instaurer je ne sais quel argus du macabre et de l'horreur. 360 homicides selon l'organisateur, 199 selon les autorités, un « score » qui le conduira derrière les barreaux en 1983 puis dans les couloirs de la mort avant que son exécution soit commutée en une peine d’incarcération à vie. La faucheuse viendra finalement jusque dans sa cellule lui arracher le dernier souffle au début de ce millénaire. Le cinéma américain, entre catharsis et sensationnalisme, indignation et voyeurisme morbide (voir nos chroniques de The Strangler et Le Tueur de Boston) n'a pas attendu la mort de la bête pour en vendre la peau.



Henry: Portrait of a Serial Killer est tourné en 1985, deux ans seulement après l'arrestation d'Henry Lee Lucas. Le budget est dérisoire, on murmure la somme de 110 000 dollars américains, initialement destinés à la production d'un documentaire sur le catch (projet abandonné pour de sombre raison de négociation de droits d'images d'archive). Le film est emballé en 28 jours en 16 mm et l'on annonce sa sortie pour l'année suivante. C'était sans compter sur la censure américaine qui dégaine un classement X et il faudra quatre années de plus pour que la bobine parvienne à se frayer un chemin jusqu'aux écrans. Chienne de vie ! 



Immanquablement , une telle genèse, un tel rapport à la censure attise une certaine curiosité chez le cinéphile et plus généralement chez le spectateur. Quel est donc ce sein que l'on nous empêche de voir ? Et voilà sans doute la grande force de l’œuvre de John McNaughton. Henry: Portrait of a Serial Killer n'est pas le film auquel on s'attend mais un quasi documentaire. “Quasi” j'insiste sur le terme puisque nous sommes face à une adaptation distante ou libre, pourrions nous dire, des sombres exploits de Lucas. Donc à une œuvre de fiction prenant la forme d'une œuvre documentaire. Au delà du procédé, (et même du jeu de mot) dans Henry, ce qui frappe c'est la brutalité de l'exercice. Une brutalité qui tourne le dos à une expression graphique mais aussi, voire surtout, à toute forme d'introspection. 



En résulte un voyage inexpliqué, gratuit froid, glauque dans la banalité d'une existence vouée à la mise à mort. Et voilà bien ce qui explique l'immense popularité du film de Mc Naugthon auprès des amateurs de genre, c'est une œuvre qui effraie sans artifice fantastique, sans mise en scène, sans sombre ou machiavélique dessein ... par la simple exploration fonctionnelle d'un esprit illogique et malade. Le concept du monstre humain... Si nous ne ne touchons pas ici un quasi euphémisme. En ce, Henry constitue sans aucun doute possible un sorte d'anti slasher.

J'assume donc la banalité de la déclaration , Henry: Portrait of a Serial Killer est un grand film. Un grand film qui n'a malheureusement pas suffi à lancer la carrière de son géniteur même si notre homme s'est quelques années plus tard fendu d'un des plus brillants thrillers des années90: Wild Things ( Sex crimes).



Le disque :

Henry nous revient dans une riche édition double disque proposant le film dans un nouveau master haute définition au format 1.33 4/3 accompagné de mixages français et anglais (sous titres français disponibles). Côté suppléments :
-Le making of (52 minutes)
-Interview de John McNaughton (34 mn)
-Conversation entre McNaughton et le critique Nigel Floyd (22 minutes)
-Le film censuré en Grande Bretagne (15mn)
-Le Story Board
-Henry Lee Lucas,  serial killer (28 minutes)
-Interview de Stéphane Bourgoin (30 minutes)
-Stépĥane bourgoin face à Ottis Toole (7 linutes)
- Les biographies



La vengeance de lady Morgan : Critique et test DVD



Vous avez cherché les vierges dans «Vierges pour le bourreau» ? Vous avez cherché les morts vivants dans le cimetière des morts vivants ? Rassurez vous, il y a bien une madame Morgane rancunière dans "La vendetta di Lady Morgan" de Massimo Pupillo. Ce petit chef d’œuvre, invisible ou presque, du cinéma fantastico-gothique italien se voit offrir en exclusivité mondiale, que dis-je galactique, un écrin vidéastique par Artus films. Une galette à se coincer d'urgence dans la platine (et non dans la copine, quoique au fond... vous pouvez aussi mettre l'Amaray si ça rentre) sous peine de passer pour le pire des caves. Une chronique de l'Ecranbis.com s'imposait !



Planqué sous le pseudonyme de Max Hunter ou cédant la paternité de son labeur à Ralph Zucker, Massimo Pupillo fait en 1965 une entrée fracassante, que dis-je, tonitruante, dans l'histoire du cinéma fantastique européen. Une année, trois films : 5 tombe per un medium (Le cimetière des morts vivants), Il boia scarlatto (Vierge «Mon cul oui !» pour le bourreau) et La vendetta di Lady Morgan avant de suivre au galop la diligence de l'italo western avec Bill il taciturno (Django le taciturne). On soufflait à nos oreilles que l'homme n'avait pas gardé de souvenirs mémorables de son passage dans l'arène du cinéma commercial, l'interview supplément qui est proposée par l'éditeur dans cette édition DVD enfonce le clou dans le cercueil. Le brave Massimo n'a vraiment que faire de ces quelques piles de bobines déviantes mais apparaît littéralement intarissable lorsqu'il est question d'aborder sa véritable passion: le documentaire. Voilà qui nous change des featurettes auto promo qui squattent les galettes des productions US à la mode. Mais voilà également de quoi nous poser quelques questions sur notre rapport au cinéma et sur les rapports des cinéastes à leur propre œuvre.


Dans un coin perdu de l'Angleterre où l'on parle couramment italien, Susan Helen Blackhouse, brunette incandescente et pauvre petit fille riche ouvre ses pétales à un bourdon désargenté mais propre sur lui. Pierre Brissac (encore une histoire de cheminée ?), butineur prodige et français (Forcément !), rappelé à Paris, s'apprête à rejoindre, dard en avant, la mère patrie. Mais au moment de tourner la page de cette idylle de vacances, le sang et les hormone de Susan ne font qu'un tour en lui frôlant le pompon. Oubliant qu'elle fut en d'autre temps promise à un écossais d'origine suisse, Harald Morgan (Paul Muller), elle décide d'officialiser son union avec Pierre. Manque de bol, le frenchy est victime d'un curieux accident de Ferry boat. Son amoureux passé par dessus bord, porté disparu en mer, et son prénom ne laissant de surcroît guère d'espoir sur une éventuelle chance de  flottaison,  Susan n'a d'autre choix que d'accepter les avances de Sir Morgan. Mais ce dernier à déjà une autre lune à décrocher.



Il renvoie la gouvernante du manoir, prétextant que cette dernière ait signifié l'envie de réfugier dans l'Essex (Arrrr la vilaine, un seul ne lui suffisait pas), et la remplace illico presto par Erika Blanc, pardon la perfide Lilian. Malheur ! Un horrible piège vient de se refermer sur la jeune femme, encore tout étourdie par la disparition de son cher et tendre. Hypnotisée par Lilian et manipulée par Harald, Madame Morgan dévale  les escaliers de la raison en prenant soin de goûter à chaque marche. Un serpent en caoutchouc frétille dans son lit, d'effrayant cris d'agonie retentissent dans les couloirs de la  bicoque et au sommet de ses crises hallucinatoires : Gordon Mitchell en personne fouette son oncle à la cave. C'est dire ! Pour échapper à ses démons, Susan s'essaye au saut de l'ange et se qualifie haut la main pour la finale. Mais, Harald et Lilian qui viennent de prendre possession du pécule de la défunte ignorent encore que les brunes, même refroidies, ne passent pas pour des burnes. La gamine n'a eu le temps d'essayer sa robe de spectre qu'elle compte déjà en découdre.



On m'avait prévenu... Attention Pedro, Lady Morgan, c'est un peu mou du calbute. Une façon détournée de dire que n'est pas Clara qui veut ?  Je m'inscris cependant en faux puisque ce «Pupillo» est un vrai petit plaisir... à l'esthétique soignée et aux plans beaux comme la mort.  Un met oculaire délicieux qui décompose son propos en deux récits… successifs. Le premier, terre à terre, peint les contours d'une machination diabolique. Les méfaits d'amants démoniaques, âmes perdues ayant cédé à l'appel de l'or et de la chair, du luxe et de la luxure. Le second arpente sans faire de pause les falaises du mont fantastique...  à grands coups de flashback, ce qui ne favorise pas vraiment la compréhension  mais  confère à cet attendu retour de boomerang une originalité certaine.  Au menu : Spectre souffleur de bougies, Poltergeists vengeurs, tombes fumantes et en bout de course une main aux fesses du vampirisme ! Le tout emballé avec ce qu'il faut de retenue voire de classicisme. 




Cerise sanglante sur ce gâteau gothique, un échantillonnage de gueules illustres : Paul Muller, Gordon Mitchell, Erika Blanc et une Barbara Nelli belle comme un c...oeur. Bref, La Vendetta di Lady Morgan … C'est bien, c'est très bien même, N'attendez donc pas plus longtemps, vendez votre femme, louez votre chien, faites leur sauter un repas sur deux,  saignez vous à blanc, mais dieu du ciel,  achetez le DVD. C'est la galette du mois !

Le disque :

La bonne nouvelle de cette fournée Artus, c'est que nous avons droit à des copies superbes. La Vengeance de Lady Morgan nous arrive dans un master noir et blanc emballant au format d'origine 1.85, accompagné du mixage italien et de sous titres français. Dans le cimetière à suppléments, quelques croustillants documents destinés à prolonger le plaisir du visionnage. Les fantômes de Massimo,une présentation du film par Alain Petit. (On en rajoutera pas car chacun sait qu'on est ultra fan du monsieur). Deux entretiens, le premier avec Paul Muller, le second avec Massimo Pupillo. Pour le même prix, un diaporama d'affiches et de photos, ainsi que les traditionnelles bandes annonces.12€90 sur Artusfilms.com



Les vierges de la pleine lune: critique et test DVD



Des vierges, des lunes, Rosalba Neri, buste turgescent, émergeant en tenue d'Eve, d'une mare ensanglantée et fumeuse... Rien que la jaquette donne l'eau à la bouche et gros dans la couche. (Arheu !). «Les Vierges de la pleine lune» est, sont (on s'en fout) la dernière escapade italienne et gothique d'Artus films pour le mois d'Avril. Dans les lueurs orangées d'un crépuscule cinpéhilique, en attendant la nuit vidéastique, ses écrans remplis de neige et d'avertissements nihilistes (No Signal, y' a plus de dentifrice) mais aussi pour ne pas dire surtout les lueurs de l'aube (en mai, entre la collection Hammer en Bluray et la SF italienne, on va s'en mettre plein les mirettes), Ecranbis.com jette une chronique à la mer... Puisses-tu, oh toi lecteur, te saisir de son message...


J'aurai pu introduire cette modeste chronique, petit doigt en l'air, symptôme d'une érudition soudaine, elle-même conséquente d'une documentation éclair. Vous écrire ce que j'ai lu. A droite et à gauche. Diable, l'art de la paraphrase n'a pas attendu l'ère digitale et le «copy and paste» pour broyer l'amour du cinéma dans un magma pompeux, inerte et écrasant de certitudes. Alors si l'envie de disperser la brume qui enveloppe «Il Plenilunio delle Vergini» vous assaille, son hypothétique attribution à la filmographie de Paolo Solvé ou son tout aussi hypothétique attribution à celle de Joe D'Amato... Foncez, têtes baissées, valseuses rabattues, curiosité en bandoulière vous abreuver des propos de Sir Alan Small dans les bonus de la galette du jour et refermez prestement votre navigateur. 



Dans cette pépite tardive du gothique à l'italienne, on s'attache à l’épopée quelque peu tragique de Karl und Franz, deux frangins, accessoirement jumeaux  à la quête d'un anneau aux pouvoirs aussi surnaturels que diaboliques . Si cela vous rappelle un très vague roman de gare, adapté tardivement et sans une tune par un cinéaste néo-zélandais, c'est un peu normal. Persuadé que la baguouze en question se trouve aux pays des Dacia, dans la demeure d'un certain comte Dracula, Franz quitte le domicile familial pour les sentiers bucoliques mais ténébreux de la Transylvanie. C'est loin, mais c'est beau ! Se serait-il exclamé, en paraphrasant le grand Jacques aux portes de la bâtisse tout en serrant vigoureusement la pogne du moindre villageois ayant eu l'infortune de croiser son chemin. La comtesse locale a la politesse de lui offrir le gîte. Franz se sent donc obligé de lui mettre le couvert. Mais alors qu'il se trouve chevauché, son hôte, déjà pas très habillée se transforme en bête à poil. 



Enfermé dans une tombe, vampirisé jusqu'à l'os, Franz n'a plus qu'un seul espoir. Ça tombe bien, à peine le temps de dire «fouffe» que celui ci arrive à cheval. Karl frappe à son tour à la porte de la noble pintade qui peine à expliquer l'absence du frangin Il était là, il ne l'est plus, mais bon il ne doit pas être bien loin. Karl ne tarde pas à découvrir qu'une terrible messe noire aura lieu, dans la nuit, un sacrifice de vierges suivi du plus immonde des rituels : Un mariage. Vous avez bien lu, un mariage ! Quelle horreur ! Si ça se trouve, ils ont invité Najat Vallaud Bécassine, c'est ignoble. Non je ne veux pas voir ça ! Qu'on interdise ce film !

J'espère que le récit aussi irrespectueux qu’approximatif que je viens de livrer, n'a pas découragé le cinéphile guindé. «Il Plenilunio delle Vergini» tond les pelouses de l'imaginaire à coup de canines acérées, en noyant son propos dans un pseudo paganisme rococo Seventies. Funestes cérémonies, rituels ésotériques frippons et bain de sang... Avec en prime, le sous discours sociologique propre à toute bonne "Draculerie". La bête à ratounes n'est en effet jamais le paysan du coin courant la châtelaine apeurée mais au contraire une incarnation d'une classe dominante. Le noble, le bourgeois, le politique et la rock star dont l'oisiveté conduit irrémédiablement aux mêmes travers. On sait ce que c'est. On commence par traîner à "oilpé" dans son château, en troussant la servante pour tromper le temps et accessoirement sa femme, on tape sur et dans le petit peuple, on turbine à tout ce qui passe au point d'avoir l'impression d'entendre ses dents pousser pour au final prendre le jour pour la nuit et sacrifier des vierges. 


N'allons pas trop loin toutefois, le scénario des «Vierges de la pleine lune» et non des «verges de la pleine burne» (à moins qu'il en existe une version avec inserts, sait-on jamais ?), n'est qu'un alibi. Un excuse narrative à l'enfilage de scénettes lascives et d'offices sataniques dont certaines valent leur pesant de dentier en plastique. On retiendra bien sûr la très "Bathoresque" séquence de douche à l'hémoglobine (c'est bon pour pour le teint), l'appel aux vierges de la comtesse, le doigt pointant la lune, une incantation magique à ne pas reproduire près d'un couvent. (Notons qu'au passage, le peu de pucelles se présentant aux portes de la bâtisse laisse entendre que nous avons à faire à un village de sacrés coquins). N'oublions pas un valet se trouvant être le sosie presque parfait d'Antoine de Maximy (J'irai mourir chez vous) et dont les apparitions multiples assurent quelques quarante années après la tournage du film un quasi running gag aussi anachronique qu' involontaire. Visionnage et achat recommandé !




Le disque :

 
Cette dernière galette du mois d'avril confirme le constat que nous faisions. "Il Plenilunio delle Vergini" nous est présenté dans son format d'origine 1.85 avec une qualité d'image somptueuse. La chose s'accompagne d'une piste italienne et  d'une piste française, ainsi que de sous titres dans la langue de Molière. En guise de suppléments, l'éditeur propose une très belle présentation signée Alain Petit ainsi qu'un entretien avec la  «toujours» belle ( Oué moi les vieilles bourgeoises avec des chemisiers léopards, ça m'excite !) Rosalba Neri. Bande annonce, diaporama et générique italien en sus. Merci qui ?  Non pas Jacquie et Michel, mais Paolo et Joe ou  Thierry et Kevin... A commander sur www.artusfilms.com



Satanik: Critique et test DVD



Accrochez-vous à vos slips ! En avril, l'éditeur émérite Artus films se frotte pour la première fois au «Ciné Fumetto» avec un objet délicieusement collector regroupant le «Satanik" de Piero Vivarelli et le livre «Super héros, super vilains» du grand Alain Petit. Une galette et 64 pages de bonheur qui valent assurément le braquage de tirelire. Ecranbis.com a sorti sa plus belle cagoule pour livrer ses plus criminelles impressions.

Attention ça commence plutôt fort ! Le docteur Bannister, Marnie de son prénom, fleur fanée aux pétales flétris, trimbale sa scoliose sous une pluie battante. Nous sommes en 1968, la couguar, vieille bique fatale n'est pas encore à la mode et même les taxis l'évitent de peur de se salir le pare-choc ! "Fait chier !" se dit l'ancienne en courant, ventre et surtout miches à terre (une simple question de gravité et de temps qui passe) dans le premier laboratoire venu. Ça tombe bien, on y expérimente dans le plus grand secret de quoi prendre sa revanche sur le «Tempus Fugit», un élixir de jouvence capable de transformer un vieux clebs décrépi en chiot d'exposition. Bref, c'est pas du Dr Pierre Ricaud ! Aussi  Marnie, sa mycose faciale et ses guibolles arquées ne tardent pas y voir l'opportunité inespérée de goûter à nouveau aux joies de la fraîcheur et aux tumultes d'une jeunesse dépravée. Un coup de scalpel dans le chimiste du coin et voilà que mémère s'enquille la potion magique cul-sec, puis prend mal (Ciel j'ai un peu mal au crane !) avant de perdre conscience et d'embrasser goulûment le carrelage.


Au réveil, oh stupeur, la potion lui a raccourci la jupe et épilé les gambettes... Et oui, c'est comme ça l'Italie, tandis que chez nos cousins d'Amérique le Dr Banner se transforme en gros machin vert, de l'autre côté des Alpes, le Dr Bannister se mue en long bidule blond, coiffé à la "one again" et maquillé comme un scooter volé. Flûte et re-flûte, le numéro de transformiste a beau être réussi, il s'accompagne d'effets secondaires pour le moins indésirables. Marnie est devenue diabolique, que dis-je, satanique en d'autres termes, la blondasse est bombasse mais ce qu'elle est mauvaise ! Telle une cagole bien décidée à profiter sans retenue aucune des attributs charnels que la bonne mère lui a confié (hééééé ma foi!), notre héroïne s'attaque à la pègre locale. Et avec un pétard pareil, pas de besoin de Kalachnikov. L'ex-moche règle ses comptes en tortillant du fion, appelant le coup de 12 (cm ?) d'un œil (et non d'un pied) de biche ! Sa perfidie soudaine la conduit  d'ailleurs dans toutes sortes de sales draps où elle expérimentera, en sueur, les limites de la science. Sa potion miracle, comme un déodorant premier prix, peine à masquer la réalité sur la durée... Les amants découvrant la fesse cachée de la mondaine le paieront de leur vie.


L'Italie, terre de recyclage et d'appropriation fut traversée dans les sacro-saintes sixties d'un courant soudain et éphémère. Un sous genre puisant son inspiration dans la bande dessinée populaire et locale, mais également dans le film d'espionnage, les exploits ou méfaits des super hommes américains et la grande tradition des «Génies du crime» dont "Fantomas", qu'il s'agisse du personnage initialement créé par Pierre Souvestre et Marcel Allain ou celui porté à l'écran façon comédie policière et pop dans la trilogie de André Hunebelle, est sans doute l'un des exemples les plus... comment dire... Ricanant ! En d'autres termes, notre "Satanik" du jour, tout comme "Kriminal" ou "Diabolik" avant lui, est avant  toute chose la résultante d'un brassage opportuniste, le produit «Pop» d'une époque elle même «Pop». Un ADN qui, aujourd'hui encore, rend la définition de la pirouette cinématographique complexe. Satanik est-il un film de super héros négatifs ? Un film d'espionnage ? Un polar coquinoux ou encore autre chose ?


Laissons donc aux snobs du cinéma Bis les joies de l’étiquetage et de l'analyse nanardo-bobo. "Satanik", en œuvre radicalement populaire est une œuvre définitivement frontale, fatalement plus graphique qu'intellectuelle, plus naïve que second degré. Il n'est certes pas interdit de savourer la touche désormais subtilement Kitsh qui l'habille, mais je serais fort peiné que le plaisir procuré par ces quelques 80 minutes puisse se borner à la moquerie et aux sarcasmes. La question n'est donc plus forcement de savoir de quel coup de vieux ce «Satanik» a pu être l'innocente victime mais bel et bien de savoir si nous avons suffisamment bien vieilli pour entrer sans arrières pensées dans cette aventurette délicieuse. Avec une âme d'enfant, ou plutôt d'adolescent, pour la pudeur très relative de son actrice principale qui d'après la légende partagea (Ouh la vilaine) la couche de Sean «James Bond» Connery. Comme quoi tout cela a beau être du cinéma, la coquine en question n'en a pas que l'air... Elle connaît aussi les paroles. Enfin je m'égare.


Au delà sa nature de spectacle charmant au goût bubble gum, Satanik c'est surtout l'exposition d'une Miss "je kill" et d'une docteur Hideuse, une variation sur le thème très psychanalytique voire allégorique du roman de Robert Louis Stevenson, concept qui a d'ailleurs servi de creuset à une partie de la mythologie «Super Héroïque» made in USA. Indispensable expression graphique et rituelle du passage de normalité à l'extra-ordinaire, la panoplie, le masque sont ici plus le sex appeal de Marnie Bannister que la vulgaire et sombre cagoule que Magda Konopka ne revêt que lors d'une scène de strip tease tombant comme un cheveux sur la croupe. A moins qu'il s'agisse de signifier à ceux qui seraient passés, pauvres brebis égarées, à côté de l'évidence. Satanik est définitivement plus une transposition féminine que féministe du super vilain. Et c'est d'ailleurs mieux comme ça !

Le disque :



Édition De Luxe en provenance d'Artus films ! Un digipack somptueux délivrant "Satanik" dans une belle copie en flat accompagnée de pistes françaises et italiennes. Des sous-titre français font également partie de la tournée. (A la votre !) Dans la cave aux suppléments : Un entretien avec l'acteur Luigi Montini (Danger Diabolik), un diaporama d'affiches et de photos, des bandes-annonces et une présentation fort documentée des "Génies du crime dans le cinéma populaire européen" par le tout aussi sympathique Eric Peretti. Saluons-le car il le mérite.



Pour prolonger le plaisir, l'édition embarque un livre de 64 pages titré "Super Héros, super vilains". Un indispensable complément signé par la main d'Alain Petit. 18€90 et le sourire de la crémière en sus (attention cependant, chez Artus, les crémières ont du poil aux pattes). A commander dans ce coin du web: http://www.artusfilms.com/satanik


Horreurs Nazies: critique et test DVD



«Ah ah ah ah ah». Pardonnez la transcription littérale et littéraire d'un rire nerveux et gêné. Celui du chroniqueur découvrant dans sa boite à lettre, au petit matin de la fin mars, un nouvel objet d'étude quelque peu particulier pour ne pas écrire carrément sulfureux. J'aimerais donc lancer, en guise d'introduction, mon mouchoir à la jeune et prude stagiaire du service presse d'un fort célèbre dealer de galettes, qui découvrant il y a quelques mois dans nos colonnes numériques le sommet de la pointe d'un téton de Lina Romay, nous a signifié avec une politesse très féminine que le niveau d’espièglerie de notre ligne éditoriale ne lui permettait plus de nous envoyez de matériel de test: Mademoiselle, si jamais en lisant les quelques modestes lignes qui suivent, vous aviez la pilosité de l'entre fesse qui venait à friser,  soyez  assurée que nous en serions tout à fait navrés.



Allons-y donc ! La simple évocation du mot «nazisploitation», terme abusivement généraliste au passage, engage l'intervenant à de curieux préliminaires et à la contorsion. «Ce n'est pas du tout ce que croyez, chère Simone et surtout pas du tout de ce quoi ça à l'air, même si je le reconnais, ça y ressemble beaucoup». Pas de "ça" entre nous gentes dames et gentilshommes, contentons-nous d’admettre avec sérénité que dans sa sinueuse et acrobatique quête pelliculaire, il est bien rare que le bisseux, être aventureux  et libre par nature, ne se frotte pas aux sous-genres les plus singuliers et racoleurs du cinéma d'exploitation. Mondos, Shockumentaires, Cannibaleries, faux Snuff et Eros-svatika, appellation finalement plus appropriée que nazisploitation puisque désignant avec subtilité une poignée de bobines réalisées entre la toute fin des années 60 (Love Camp 7) et la fin des années 70... Et dont, permettez mois de surenchérir, la genèse se concentre presque essentiellement sur l'année 1977. Nous voilà donc face à un sous courant cinématographique historiquement aussi délimité que les thématiques et l'imaginaire qu'il embrasse, que dis-je qu'il étreint.


"Horreurs nazies" est intrinsèquement une croisée des chemins. Une hybridation adultérine entre le WIP (dames sous les barreaux), le cinéma érotique au penchant Sadien et le film à sévices. Le tout en costume ou sans selon qu'on considère le point de vue du bourreau ou celui de la victime. Disons le haut et fort, l'imagerie du troisième Reich n' y fait donc essentiellement qu'office de décors. Un postulat historico-contextuel dans le quel nazi apparaît comme la plus parfaite incarnation du monstre humain, celui qui porte le mal des profondeurs de son esprit tourmenté jusque sur son uniforme. (voilà d'ailleurs ce qui caractérise le monstre, il est à l’extérieur, ce qu'il est à l’intérieur). D'une façon générale, la critique de l'Eros-svatika ne peut que difficilement invoquer la tentative de promotion idéologique ou  pire l'exposé d'une thèse révisionniste. Pour l'énoncer autrement, le feuilleton "Papa Schultz" faisant passer les officiers nazis pour une bande d'incapables finalement sympathiques se montre indiscutablement plus transgressive et discutables du simple point de vue de la réalité historique ou des devoirs et nécessité de mémoire.



Le caractère choquant dans l'eros-svatika n'est  peut être pas à chercher à sur sa face visible. C'est à dire dans la multiplication forcenée et délirante de brassards, de croix gammées mais bien dans le fond du fond, le concept , l'exposition conjointe du spectacle de l'abject (le cinéma torture) et celui du plaisir (le cinéma érotique) dans un contexte pas plus propice au coup de fouet qu'aux ébats passionnés. Une simple question de (très) mauvais goût  et de pied de nez à la bonne morale...

De son côté Sergio Garrone, à ne pas confondre avec Jessy (l'un a filmé des horreurs, l'autre les a chantées) s'est fait la main et la gâchette dans le Far West Italien en qualité de scénariste et de réalisateur. Mais au milieu des seventies,  le convois de la naziploitation lui roule sur le corps. Il signera malgré lui ses deux films les plus connus. "Lager SSadis Kastrat Kommandantur" (Horreurs nazies, Le camps des filles perdues) et "SS Lager 5: L'inferno delle donne" (SS Camp: Women's Hell). Si les deux œuvrettes seront tournées l'une dans l'autre (pour ainsi dire), seul "SS lager 5" aurait joui d'une exploitation en salles dans notre bel hexagone sous le titre «Roses rouges pour le Führer» (En hommage au Rose Rosse per Il Fhürer de Fernando Di Leo ?). "Le camps des filles perdues" eu à priori (comprendre que bien que cela m'étonne un peu, je n'ai trouvé de preuve contraire) pour seul honneur, une exploitation vidéo sous l'étendard Choc Production. Cassette à la jaquette un tantinet anachronique  et au montage expurgé d'une bonne partie de ses écarts visuels. Chez nos cousins d'outre Manche pas mieux ! Puisque la chose fut d'abord éditée en 1982 dans son intégralité avant de disparaître des linéaires durant l'été 83 pour trouver sa place dans la longue liste des Videonatsy.


La bobine de Garrone méritait-elle son interdiction à l'anglaise, son charcutage à la française et sa sulfureuse réputation ? La réponse nous est  pratiquement donnée en  introduction par une séquence de "gégène" teutonne parfaitement gratuite. Scène sans queue, mais avec tête dont la seule justification possible semble celle de remplir le cahier des charges des atrocités que toute péloche sulfureuse du genre se doit de compiler. Pourtant «Le camps des filles perdues»  n' est pas tout à fait le drame carcéral attendu... Il y a d'abord ce stalag d’opérette dans les profondeurs boisées de la Pologne où l'on a réuni un bataillon de semi-boudins gloussants et quelques trouffions de retour du front russe dans le curieux dessein d’améliorer «a little bit» la race arienne. Évidement, ça ne marche pas à tous les coïts, alors on remet ça avec entrain très germanique (Arhrr zé le bordelleux !), jusque dans un fort étonnant spa à température variable. (On ne se refuse vraiment rien). De ces étreintes toute expérimentales va naître la plus improbable bleuette. Lorsqu'Helmut s'introduit dans Mireille, le jeune alsacien se dit d'abord que c'est le coup du siècle avant de se raviser:"Es ist der Coup du foudre !"



Il court donc, MP40 à terre, implorer son supérieur le Colonel Von Kleiben de lui laisser la jouissance de la belle. Ce à quoi et contre toute attente, le gradé consent en échange d'un menu service. Helmut devra donner de sa personne. Le soldat ignore encore que Von Kleiben a perdu la boule après en avoir perdu deux autres dans un douloureux accident de pipe mal bourrée... Pire, le vieux salaud voit son avenir d'artilleur dans l'entrejambe du jeune homme. Après un tel exposé, il va sans dire qu'il est parfaitement impossible de prendre «horreurs nazies» très au sérieux. Et bien que l'ignominie de certaines expériences menées par une harpie lesbienne à tête de derche semble indiscutable, l'effort de Garrone tourne par l'extraordinaire folie de son scénario à la divagation intégrale.

Ne vous y trompez cependant pas, en dépit de son amourettes de bazar, ses loufoqueries narratives (une tentative d’assassinat à la fourchette, entre autres) "Lager SSadis Kastrat Kommandantur" n'est pas le genre de tarte à mettre dans toutes les assiettes ou dans toutes les platines. L'effort de Garonne, aussi sot soit-il, reste un ouvrage  délibérément tordu et éminemment discutable. Mais  n'est ce point  ce  qui fait tout son intérêt cinéphilique ?




Le disque:

Artus films offre à "Horreurs Nazies" une édition au poil.(dans tous les sens du terme) Le film de Garrone vous y sera présenté au format 1.85 d'origine dans un master saillant  et Uncut. Pour le même prix vous aurez droit à deux pistes audios ( Français et italien ) ainsi que des sous titres. Dans le gniouf à bonus : Une présentation de la Nazi (ex) ploitation par le courageux Eric Peretti, un interview de Sergio Garrone, un diaporama d'affiches et de photos ainsi que le générique italien. Disponible sur le site Artusfilms.com pour la modeste somme de 12 boules (c'est vraiment peau de zob !)