Mortelles Confessions: Critique et test Bluray



D'abord hésitants voire un peu timides face à dame haute définition, les «petits» éditeurs français ont fini par franchir le pas. Artus Films, réputé pour sa ligne éditoriale très Euro Bis mais pas seulement livre au mois de mars ses tout premiers Bluray. On s'attendait à ce que l'ours lorgne du côté de la grande botte pour ce jet inaugural mais c'est sur l'Angleterre et Peter Walker que la bestiole a porté son choix. Un coup double qui permettra aux vidéophiles de jeter un œil à deux péloches dont on ne pense que du bien: Flagellations (Quand ça fouette, ça sent bon !) et Mortelles confessions qui occupe les colonnes inflammables de l'Ecranbis.com aujourd'hui. Allez, tout le monde en file indienne, c'est l'heure de la communion ! 

"Deux ans après, House of whipcord et Frightmare,Pete Walker inaugure le Hashtag #balancetonpretre avec un Mortelle confessions "

Un soir, la petite Valérie rentre en larmes de la confession. Elle file dans sa chambre, ouvre la bible et saute par la fenêtre. Quelques heures plus tard, c'est au tour de la douce Jenny d'avoir la culotte sale et la conscience lourde. La belle prend la direction de la plus proche église où elle espère trouver Bernard, prêtre et accessoirement chauffard. Pas de chance, c'est le père Meldrum qui est de service. Lorsque Jenny évoque sa vie dissolue et ses problèmes de draps souillés, le prêtre crie: Encore ! Dans l'espoir de remettre Jenny sur le droit chemin ( c'est à dire le chemin qui la mène à son lit), Meldrum décide de faire le ménage autour de la jeune femme. 

"Bien parti pour se fendre d'un conte bouffe curé et d'une attaque assumée des institutions religieuses, Walker accouche à force de tourner autour du bénitier d'un film plus indéchiffrable. "

Vachement moins banquable que les artisans stars de la Hammer et parfaitement inconnu du grand public, Pete Walker aurait-il écrit sans s'en rendre compte une page importante du cinéma britannique et assuré une œuvre de transition entre l'horreur classico gothique et son pendant moderne ? Deux ans après, House of whipcord et Frightmare (1974), il inaugure le Hashtag #balancetonpretre avec un Mortelle confessions également connu sous le titre plus trippant (enfin je trouve) de «La maison du péché mortel». Bien parti pour se fendre d'un conte bouffe curé et d'une attaque assumée des institutions religieuses, Walker accouche à force de tourner autour du bénitier d'un film plus indéchiffrable. Au diable l'arrière plan clérical provocateur et choquant, «house of mortal sin» pointe du doigt l'épineux problème de la représentation sociale et de ses mécanismes. 


"...la charge anticléricale promise tient plus d'une opportuniste provocation"


Dès lors que l'individu se voit offrir la soutane du prêtre, l’écharpe de l'élu, le képi du gendarme, la blouse blanche du médecin ou l'air intelligent du prof de sport, il accède de fait au statut de représentant et voit octroyer de fait et de manière quasi inconditionnelle les qualités de l'institution qu'il représente. Et oui sachez le, lecteurs assidus, certains rangs et titres confèrent une impunité certaine. Enfin un peu moins en ce moment et ce n'est pas de ce côté du web, et de cette autre France habituée à ouvrir les jambes et fermez la gueule, qu'on va s'en plaindre. Bref, la charge anticléricale promise tient plus d'une opportuniste provocation. Walker fait même preuve de bienveillance, chargeant notre père maboule pour chanter les éloges de Saint Bernard, démissionnaire après avoir plongé sa langue dans la bouche d'une Vanessa qui n'attendait que ça !



Et si Meldrum s'en sort toujours, n'y voyait nullement cynisme ou quelconque compassion pour les zinzins de son espèce... Mais tout simplement l'expression d'une fatalité...La nature humaine est faillible. Et que vous voulez vous donc qu'on y fasse ? Diaboliquement économe et malin , Mortelles confessions est à découvrir ou redécouvrir avant d'aller à la messe dimanche prochain. Amen !

Un œil sur le disque :

Artus films a misé sur un master d'excellente facture au format 1.66 d'origine , le tout en full HD accompagné d'une piste audio anglaise Dolby digital. Pas de doublage français en vue mais tout de même des sous titres. Dans le presbytère à supplément , le père Alain Petit donne sa bénédiction et chante les louanges de Peter Walker. 

 

Flagellations ( House Of Whipcord) : Critique et test Bluray


Pour le sacro saint DVD, la messe est-elle dite? Après vingt années de bons et loyaux services, la fameuse galette argentée semble avoir tiré ses dernières cartouches . L'heure est bien sûr à la V.O.D. Pour le grand public du moins car du côté des cinéphiles et collectionneurs, on s'est depuis belle lurette tourné vers le Bluray. Artus films n'avait pas encore osé le grand saut dans la Haute définition, début Mars l'éditeur indépendant français proposera ses deux premiers disques HD. Avec deux films britanniques portant la griffe de Peter Walker s'il vous plaît. Ecranbis.com a pu se coincer ces pépites dans la platine avec un peu d'avance...On commence par « House of the WhipCord » litteralement la maison du fouet devenu en France et sur le tard «Flagellations» (un titre qui déchire) ou plus inexplicablement «Mutilator».

" Des femmes, des barreaux et des tortionnaires évidemment sadiques. Il n'en faudra pas plus pour que l'on séquestre l'effort dans la cellule du W.IP."

Réalisateur producteur, Indépendant farouche, Pete Walker connaît dans les années 70 l'apogée d'une improbable carrière. Après s'être fait la main dans la coquinerie et le relief opportuniste, le britannique se frotte au shocker et au cinéma horrifique. En 1974, son House of WhipCord claque aux yeux des spectacteurs anglais. Le style réaliste et moderne tranche définitivement avec le vieillissant esprit Hammer et il n'est pas interdit d'écrire qu'une nouvelle page de l'Horror made in U.K. Est en train de s'écrire. Vu de loin comme de près, Flagellations épouse les contours d'un genre spécifique du cinéma d'exploitation. Des femmes, des barreaux et des tortionnaires évidemment sadiques. Il n'en faudra pas plus pour que l'on séquestre l'effort dans la cellule du W.IP. (Women In Prison).

"Sous ses petits airs de film d'exploitation inconséquent, House of Whipcord a le mérite de mettre en scène un conflit générationnel... entre les jeunes et jolies poupées libérées du Swinging London et une Angleterre nécessairement plus conservatrice"

Ce n'est d'ailleurs pas l’héroïne, Anne-Marie DeVernet, qui dira le contraire. Pour avoir osé se défeuiller en pleine rue face à l'objectif d'un photographe, cette avignonaise délurée se trouve arrêtée et condamnée a payer une amende de 10 Livres. Un sanction jugée bien indulgente pour certains, et qu'une poignée d'âmes un peu trop chaste reverraient de voir accompagné par une mise à l'épreuve. Que dis-je ou qu'écris-je, d'une bonne correction et d'un peu d'éducation à l'anglaise. Séduite par un brun ténébreux bizarre et flippant, Anne-Marie, la naïve accepte de suivre son nouveau Jules pour une présentation à la famille. Elle est alors loin de se douter que son amoureux la conduit à un procès expéditif. Son dossier passe dans les mains d'un juge aveugle et voilà que la jolie française se voit incarcérée dans une étrange bâtisse plantée dans la campagne.


"Enrobé d'une photographie froide comme la campagne écossaise, Flagellation surprendra autant par son ambiance que par un propos politico-cynique bien plus choquant que ce qui a bien voulu imprimer la pellicule."

Sous ses petits airs de film d'exploitation inconséquent, House of Whipcord a le mérite de mettre en scène un conflit générationnel carabiné, entre les jeunes et jolies poupées libérées du Swinging London et une Angleterre nécessairement plus conservatrice, rurale et âgée. Petits poussins frileux et fripés voyant dans la révolution sexuelle, une intolérable forme de décadence. Mais il n'est pas non plus fou de voir dans cette confrontation et dans l'inquisition moderne consécutive, une sorte de guerre des vices et déviance. Guerre dans laquelle, Walker semble ne pas véritablement prendre partie et se contente de jubiler en douce au point de dédier son métrage à tout ceux qui aimeraient revoir les sévices corporelles dans l'arsenal punitif de la justice des hommes.


Enrobé d'une photographie froide comme la campagne écossaise, Flagellation surprendra autant par son ambiance que par un propos politico-cynique bien plus choquant que ce qui a bien voulu imprimer la pellicule. Au rayon des choses remarquable, il faut bien entendu citer une Sheila Keith particulièrement mémorable dans un rôle de gardienne androgyne et cassante. On la retrouvera face à la caméra de Walker dans “House of Mortal Sin” (Mortelles Confessions) que nous propose Artus Films à la même date mais également dans Frightmare. 



Un œil sur le disque:

Artus films livre “Flagellation” dans un combo DVD et Bluray. Le film est présenté dans un master 1080p , 16/9, impeccable et respectueux du format d'origine 1.66. Le tout s'accompagne de pistes anglaises et françaises ainsi que de sous titres français. Notons que le film est présenté en version intégrale. Aussi, certaines scènes exclues du montage français sont présenté en version originale sous titrée. Dans la cellule aux suppléments, pas de supplices en vue mais une film annonce et surtout un bonus massif dans lequel Sir David Didelot, auteur et créateur du fanzine Videotopsie, décortique le Flagellation , le cinéma de Walker avec pertinance. Highly Recommanded ! Yes my lord !


The Monster: Critique et test DVD


Disponible depuis quelques semaines déjà, «The monster » de Bryan Bertino avait échappé aux griffes de l'Ecranbis.com. Ou comment une banale histoire de correspondance manquée et d'enveloppe perdue, nous avait tenu à l'écart d'un des films fantastiques les plus intriguant du dernier trimestre 2017. Dans le flots de bonnes résolutions qui accompagne l'aube de la nouvelle année, on s'est juré que désormais nous insisterions auprès des éditeurs dès lors qu'une galette manque à l'appel, et ce quitte à passer pour des monstres. Et d'un monstre, il est en justement question aujourd'hui dans nos colonnes numériques...

"Là dans les profondeurs boisées, sous une brumes délicates que les phares d'automobiles peinent à lacérer, se cache le véritable prédateur. "

Une route de forêt plongée dans le noir, sous une pluie battante. Le décors presque unique de The Monster a de quoi glacer le sang du rat des villes. A mille lieux des jungles urbaines, là où la nature n'a jamais cédé un centimètre de droit, mais tout juste concédé une ligne de goudron, dans ce «trou du cul du monde» fantasmé par les uns, réalité pour d'autre, le cinéma de genre s'amuse a planter les récits comme on plante des clous. Dans une séquence qui rappelle le cultissime X-Tro, le nouveau jet de Bryan Bertino met l'homme ou plus exactement la femme face au loup. Mais que cela soit dit la pauvre bête n'est ici qu'une victime parmi tant d'autres. Là dans les profondeurs boisées, sous une brumes délicate que les phares d'automobiles peinent à lacérer, se cache le véritable prédateur. Cet inconnu dont il faudra de longues minutes avant de découvrir un centimètre de griffe puis un silhouette. Au cinéma lorsqu'il s'agit de mettre en scène le corps , celui de la créature, il est usuellement montré sous la forme d'un effeuillage savant... Et sa révélation coïncidant souvent avec la mise à nue d'un récit, fait office de point d'orgue.

"...aux arts digitaux, Bertino a semble-t-il préféré les anciennes méthodes, le costume et l'animatronique. Peut être histoire de rendre le cauchemar plus palpable à défaut de plus réaliste. "



A l'heure du numériques, c'est à dire alors que tout est montrable et en haute définition s'il vous plaît, l'antique recette fait encore des émules. D'ailleurs, aux arts digitaux, Bertino a semble-t-il préféré les anciennes méthodes, le costume et l'animatronique. Peut être histoire de rendre le cauchemar plus palpable à défaut de plus réaliste. Enfermé dans une voiture, une mère et sa fille vont donc passer une nuit, sous la lumière d'un unique réverbère, observant les victimes d'un monstre de moins en moins invisible. Le scénario relativement simpliste est digne d'un épisode de la quatrième dimension et l'on sent rapidement qu'étirer le run time est devenu la principale obsession du scénariste. Aux explications diverses et justifications possibles, «The monster» préfère l'ancrage de son récit dans le sac de nœuds de la vie. Famille dysfonctionnelle, mauvaise mère et alcoolique , les flashbacks s’accumulent un peu. On s'en serait presque passé car, le film de Bryan Bertino trouve sa splendeur dans un face à face esthétisé entre une petit chaperon pas vraiment rouge et un loup qui n'en est pas un.


"le film de Bryan Bertino trouve sa splendeur dans un face à face esthétisé entre une petit chaperon pas vraiment rouge et un loup qui n'en est pas un."

Dans ce duel où l'animal peut parfois faire preuve d'une intelligence très humaine, et l'humain retrouve son instinct animal, dans cette inversion des rôles fascinante et effrayante. Il faut ajouter à l'addition, une photo subtile traçant l'habitacle des véhicules et les visages par des filets de lumières, donnant tout à voir sans en montrer beaucoup. Si The monster n'est pas le Chef d’œuvre promis par la jaquette, il vaut pour ses efforts graphiques, sa dernière demi heure, sauvage et revigorante, la ballade en foret. Alors tant pis pour le chef d’œuvre que l'on nous a fait miroité, on se satisfait pleinement d'un conte horrifique tourné avec intelligence et un sens indiscutable du cinéma. Après The strangers, Bertino marque encore des points. Espérons que ses prochains efforts mettent un peu moins de temps à nous parvenir.


Un œil sur le disque :
Une édition dépouillée mais techniquement au niveau. Le film est présenté dans un master 16/9 respectueux de son format cinémascope 2.35 d'origine. Pour les plaisirs sonores, du français et de l'anglais en DD5.1 et DTS 5.1. Notons la présence de sous titres français.


I.A.


Bach films : Triple Review !



On ne vous cachera pas que l'année 2017 fut quelque peu éprouvante pour l'Ecranbis.com, aussi on ne mouillera pas les mouchoirs au moment de tourner la page. Nous vous souhaitons bien sûr une heureuse année 2018, riche en plaisirs cinéphiliques et en trouvailles culturelles. D'ailleurs, nous profitons de ce redémarrage éditorial pour nous acharner sur la dernière cuvée Bach Films. Trois bobines avaient échappé à nos platines en décembre, elles passent aujourd'hui sur billard de l'Ecranbis.


Le loup-garou de Washington

La lycanthropie s'écrit en lettre capitale ! Avant Le loup garou de Londres et celui de Paris, la plus poilante des créatures engendrées par la littérature fantastique nous avait envoyé une carte postale de Washington. En 1973, le cinéma américain accouche par l'intermédiaire de Milton Moses Ginsberg d'un métrage définitivement curieux puisque renvoyant sa bête et son récit lycanthropique dans l'arrière plan d'une satire politique. Bien plus que les métamorphoses datées mais joliettes d'un Dean Stockwell en homme loup , nous retiendront un coup de griffes acérées, plantées dans la chair du cirque démocratique. La présidence évoquée n'est peut être pas très éloignée de celle de l'actuel président Trump, elle même étonnamment proche de celle de notre ex président des bisous.

"un métrage définitivement curieux puisque renvoyant sa bête et son récit lycanthropique dans l'arrière plan d'une satire politique"

 Le message pas très caché de ce Werewolf of Washington tient beaucoup moins du « Gare au loup !» que de l'appel à l'abstention. En d'autres termes, lors des prochaines élections, restez chez vous et regardez «Le loup garou de Washington», vous ne gagnerez pas forcement grand chose mais au moins vous n'aurez pas perdu votre temps. Très inattendue, cette édition DVD permettra à ceux qui étaient passés en pleine ère de la VHS, à côté de cette pépite , de se faire les dents. Dans les bonus, un autre monstre attend le cinéphile: Teenage Monster de Jacques R. Marquette, série B datant de l'année 1957. Deux films pour le prix d'un. Voilà ce qu'on appelle une galette au poil ! 


Le justicier et la reine des crocodiles.


Autre bizarrerie notoire, «Le justicier contre la reine des Crocodiles» (Golok Setan/ Koral le Justicier) a le mérite de marier heroic fantasy et art martiaux, sous le soleil radieux du cinéma indonésien. Un métrage littéralement fou plein de coups de pied dans la tête, d'hommes crocodiles, de rochers volants, de rayons lasers et de scènes gores ,sans oublier, une indispensable reine aussi nymphomane que maléfique. Le film de Ratno Timoer rappelle à pratiquement à chaque scène que le fossé culturel n'est nullement une vue de l'esprit. Difficile pour le spectateur occidental de véritablement goûter à ce spectacle gargantuesque.

«Le justicier contre la reine des Crocodiles a le mérite de marier heroic fantasy et art martiaux, sous le soleil radieux du cinéma indonésien"

 Tout juste est-on convié à une stupéfaction très naturelle. Car oui de toute évidence, il paraît fort difficile de faire le tri dans une telle pagaille conceptuelle et visuelle. Il faudra donc se contenter d'en prendre plein les mirettes et plein le cerveau frontal sans se poser trop de questions. Histoire de permettre le voyage retour, Bach films s'est autorisé à doubler le programme , proposant dans les suppléments un second film «Au pays de la magie noire» (1975). «Oh Coquin de sort ! » comme on dit chez nous ! 

Silent Night Bloody Night

Celui-ci n'est pas à confondre avec «Silent night, deadly night» , et est connu pour avoir été le tout premier film distribué par la Cannon sur le territoire US. Une exploitation sur le tard, deux années après sa production, un tour des drives-in de la belle Amérique et une chute dans le domaine public... Le destin de ce petit slasher, froid comme la mort, peut paraître à première vue peu enviable. Pourtant , riche d'une ambiance crépusculaire et «creepy» , le film de Theodore Gershuny va connaître le succès sur le tard, profitant de l'age d'or de la vidéo locative pour entrer, sans frapper dans le culte.

" Une vraie histoire de dingues !"

Bien plus subtile que ne le laisse présager ses quelques premières minutes, «Silent night, bloody night» a le mérite de jouer la carte du climat jusqu'à un dénouement particulièrement gratiné. Une vraie histoire de dingues, me souffle-t-on dans l'oreille. Allez, assez de spoilers, si guetté par la crise, vous ne pouviez vous offrir qu'une seule galette sur les trois, nous ne saurions que trop vous recommandé de vous jeter sur cette dernière. D'autant plus qu'elle est présentée dans un master au format et accompagnée de l'excellente démo « Des gants sur la nuque », réalisée par David Marchand.



*Ces trois disques sont disponibles un peu partout sur internet au prix de 9€99 le disque double programme. notamment sur le site de l'éditeur : http://bachfilms.com/

I.A.






Subspecies : Critique et Test DVD





Beaucoup moins connue en France que la saga «Puppet Master», la série «Subspecies» est l'une des nombreuses franchisettes lancées sous l'étendard Full Moon par ce coquin de Charles Band. Aux sanguinolentes commandes de cette vampirerie filmique d'anthologie, nous retrouvons une autre étoile de la galaxie «Empire», un fidèle du prince du «low budget» : le réalisateur scénariste Ted Nicolaou. Profitons de l'édition DVD du premier volet chez nos amis de Bach films pour plonger dans la face sombre de la Roumanie et du cinéma de genre... Tout un programme !


"Subspecies dont l'idée sort tout droit du cerveau fumant du grand Charles sera le premier film américain réalisé en Roumanie après l’effondrement du régime Ceausescu"
Dis donc,tu connais pas la lime à ongles toi ?

Ne vous fiez aucunement à son nom, Ted Nicolaou est américain. Il étudie à l'université du Texas et débute au milieu des années 70 comme technicien son sur l'une des bobines les plus marquantes de la décennie, le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. C'est en qualité de monteur et en 1979 que notre homme entre dans la famille Band. Il travaille en effet sur deux petits films : Tourist Trap (Le piège) de David Schmoeller et The Day Time Ended (La jour de la fin des temps) de John Bud Cardos. C'est le début d'une longue et surtout prolifique histoire d'amitié. Dans les années 80, les bobines majeures de l'Empire Pictures passent par les mains expertes de Ted. L'alchimiste, Trancers (Future cop) réalisé par Band Lui même, Ghoulies, Zone Troopers, Robojox, The Dungeonmaster. C'est d'ailleurs sur ce dernier film à sketches que Charles Band lui laisse une chance de passer à la réalisation. Il rebondira deux années plus tard en mettant en scène un film qu'il a lui même écrit et qui constitue sans aucun doute l'une des plus belles réussites d'Empire : le délirant Terrorvision dans lequel une famille venant d'installer une antenne parabolique flambante neuve, commence à recevoir d'étranges programmes extraterrestres. (toujours aussi incroyablement et injustement inédit en Zone 2) Il se fendra également en 1988 du script de L’Assaut des Killer Bimbos, petite comédie improbable désormais considérée comme culte.

"David Allen, le monsieur effets spéciaux d'Empire/Full Moon est appelé au secours et débute un curieux travail de sauvetage. Il confectionne de petites créatures animées en stop motion ou de façon traditionnelle  et récupère les prises tournées en Roumanie"

attachée et la miche à l'air ... Merci qui ? 


Mais il lui faudra attendre l’avènement de la Full Moon pour s’asseoir à nouveau derrière une caméra. Subspecies dont l'idée sort tout droit du cerveau fumant du grand Charles sera le premier film américain réalisé en Roumanie après l’effondrement du régime Ceausescu. Un tournage qu'on dit compliqué, dans un pays troublé, avec des techniciens ne parlant pas tous très bien anglais (ou pas du tout) et surtout peu familiers des effets visuels dont le film est censé regorger. Les plans mettant en scène les petites créatures du film seront initialement réalisés sur place avec des acteurs Roumains en costume dans des décors de grande taille. Mais le résultat, très perfectible, (à voir dans les bonus du disque, c'est édifiant) ne satisfait heureusement personne. David Allen, le monsieur effets spéciaux d'Empire/Full Moon est appelé au secours et débute un curieux travail de sauvetage. Il confectionne de petites créatures animées en stop motion ou de façon traditionnelle (par des tiges pour les séquences lives) et récupère les prises tournées en Roumanie. Il ne gardera que les débuts ou fin de séquences correspondant au décors sans figurants pour incorporer par Chroma Key (Ecran bleu) ses propres bestioles.

- Vous avez un très beau cou !
- Vous êtes espagnol ?


Bizarrement, dans le résultat final, les petits monstres qui ont donné tant de mal à la production n'auront qu'un rôle très secondaire. Ils n'y apparaissent même que très brièvement. Plutôt que de glisser dans la bobine monstrueuse, Subspecies accroche ses spectateurs aux baskets de deux étudiantes américaines (Michelle et Lilian) débarquant en Roumanie pour en étudier le folkore et les légendes. Elles y rejoignent une enfant du pays : Mara. Nos 3 jeunes filles en fleurs (ou en feu, on ne sait pas trop) ignorent encore que non loin de là, dans le lugubre château du non moins lugubre roi vampire Vladislas, Radu (son fils maudit et banni) est venu après des années d'exil mettre la main sur une relique magique et ancestrale : la pierre de sang. Emprisonné par Vladislas dans une cage de fer, Radu s'arrache trois doigts qui se transforment instantanément en créatures démoniaques. Libéré par ces petits démons, Radu assassine son père sauvagement (Œdipe quand tu nous tiens!). Dans le même temps, nos trois innocentes rencontrent une jeune homme séduisant et mystérieux, le beau Stephan qui n'est autre que le frère de Radu... Un vampire bien intentionné qui n’hésitera pas à affronter son frère pour sauver les jeunes femmes... et accessoirement la relique.


"Subspecies présente un récit de suceur de sang classique, fait de pieux plantés dans le cœur, de morsures et de cercueils."

Qui a éteins la lumière ? 


Vous l'aurez sans doute compris en parcourant le synopsis ci dessus , Subspecies présente un récit de suceur de sang classique, fait de pieux plantés dans le cœur, de morsures et de cercueils. Élément notable et concédons le amusant, deux visions du mythe vampirique s'affrontent dans ces mêmes 90 minutes. Radu, être monstrueux, blanchâtre, à la silhouette inquiétante et aux interminables griffes évoque sans retenue le Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau. Ted Nicolaou multiplie par ailleurs les clins d'oeil, laissant traîner l'ombre des mains de Radu sur les murs et la peau de ses victimes. Son frère Stephan est lui plus Draculesque, au sens romantique du terme, un jeune homme, grand, brun et séduisant (Angel de Buffy ou Twilight avant l'heure). A ce propos très manichéen répondent en chœur une réalisation appliquée profitant des extérieurs roumains,  quelques jolies séquences d'effets visuels et les joli minois de ses jeunes actrices principales. Pas de quoi faire une entrée fracassante dans l'histoire du fantastique, me direz vous. Mais reconnaissons à ce Subspecies, premier du nom, une grande qualité. Celle de délivrer un spectacle bisseux diablement amusant. Le plaisir de revoir (même furtivement) Angus Scrimm, l'éternel Tall Man du chef d'oeuvre de Coscarelli : Phantasm , en prime !


Il n'en faudra en tout cas pas plus pour que Full Moon mette en chantier une suite tout aussi mordante... et dans laquelle Ecranbis.com ne manquera pas de planter ses canines... Oh vous succubes de l'enfer vidéastique, ne vous éloignez pas trop de nos colonnes démoniaques et numériques.


Un œil sur le disque: 


Aucun éditeur français n'avait jusqu'ici montré le moindre intérêt pour ce film, ce DVD Bach film est donc une vraie bonne nouvelle. Les indécrottables amateurs de Full Mooneries carabinées peuvent donc se ruer sur la chose.Le disque n'utilise pas le dernier transfert FHD réalisé pour l'édition Bluray du film mais on ne fera pas la fine bouche. En guise de supplément  on a même droit à The Devil Bat avec Berla Lugosi