Subspecies : Critique et Test DVD (Import)



Beaucoup moins connue en France que la saga «Puppet Master», la série «Subspecies» est l'une des nombreuses franchisettes lancées sous l'étendard Full Moon par ce coquin de Charles Band. Aux sanguinolentes commandes de cette vampirerie filmique d'anthologie, nous retrouvons une autre étoile de la galaxie «Empire», un fidèle du prince du «low budget» : le réalisateur scénariste Ted Nicolaou. Profitons de l'édition Bluray et DVD des deux premiers volet chez nos amis d'outre-manche (grâce aux efforts de 88films) pour plonger dans la face sombre de la Roumanie et du cinéma de genre... Tout un programme !



Ne vous fiez aucunement à son nom, Ted Nicolaou est américain. Il étudie à l'université du Texas et débute au milieu des années 70 comme technicien son sur l'une des bobines les plus marquantes de la décennie, le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. C'est en qualité de monteur et en 1979 que notre homme entre dans la famille Band. Il travaille en effet sur deux petits films : Tourist Trap (Le piège) de David Schmoeller et The Day Time Ended (La jour de la fin des temps) de John Bud Cardos. C'est le début d'une longue et surtout prolifique histoire d'amitié. Dans les années 80, les bobines majeures de l'Empire Pictures passent par les mains expertes de Ted. L'alchimiste, Trancers (Future cop) réalisé par Band Lui même, Ghoulies, Zone Troopers, Robojox, The Dungeonmaster. C'est d'ailleurs sur ce dernier film à sketches que Charles Band lui laisse une chance de passer à la réalisation. Il rebondira deux années plus tard en mettant en scène un film qu'il a lui même écrit et qui constitue sans aucun doute l'une des plus belles réussites d'Empire : le délirant Terrorvision dans lequel une famille venant d'installer une antenne parabolique flambante neuve, commence à recevoir d'étranges programmes extraterrestres. (toujours aussi incroyablement et injustement inédit en Zone 2) Il se fendra également en 1988 du script de L’Assaut des Killer Bimbos, petite comédie improbable désormais considérée comme culte.



Mais il lui faudra attendre l’avènement de la Full Moon pour s’asseoir à nouveau derrière une caméra. Subspecies dont l'idée sort tout droit du cerveau fumant du grand Charles sera le premier film américain réalisé en Roumanie après l’effondrement du régime Ceausescu. Un tournage qu'on dit compliqué, dans un pays troublé, avec des techniciens ne parlant pas tous très bien anglais (ou pas du tout) et surtout peu familiers des effets visuels dont le film est censé regorger. Les plans mettant en scène les petites créatures du film seront initialement réalisés sur place avec des acteurs Roumains en costume dans des décors de grande taille. Mais le résultat, très perfectible, (à voir dans les bonus du disque, c'est édifiant) ne satisfait heureusement personne. David Allen, le monsieur effets spéciaux d'Empire/Full Moon est appelé au secours et débute un curieux travail de sauvetage. Il confectionne de petites créatures animées en stop motion ou de façon traditionnelle (par des tiges pour les séquences lives) et récupère les prises tournées en Roumanie. Il ne gardera que les débuts ou fin de séquences correspondant au décors sans figurants pour incorporer par Chroma Key (Ecran bleu) ses propres bestioles.



Bizarrement, dans le résultat final, les petits monstres qui ont donné tant de mal à la production n'auront qu'un rôle très secondaire. Ils n'y apparaissent même que très brièvement. Plutôt que de glisser dans la bobine monstrueuse, Subspecies accroche ses spectateurs aux baskets de deux étudiantes américaines (Michelle et Lilian) débarquant en Roumanie pour en étudier le folkore et les légendes. Elles y rejoignent une enfant du pays : Mara. Nos 3 jeunes filles en fleurs (ou en feu, on ne sait pas trop) ignorent encore que non loin de là, dans le lugubre château du non moins lugubre roi vampire Vladislas, Radu (son fils maudit et banni) est venu après des années d'exil mettre la main sur une relique magique et ancestrale : la pierre de sang. Emprisonné par Vladislas dans une cage de fer, Radu s'arrache trois doigts qui se transforment instantanément en créatures démoniaques. Libéré par ces petits démons, Radu assassine son père sauvagement (Œdipe quand tu nous tiens!). Dans le même temps, nos trois innocentes rencontrent une jeune homme séduisant et mystérieux, le beau Stephan qui n'est autre que le frère de Radu... Un vampire bien intentionné qui n’hésitera pas à affronter son frère pour sauver les jeunes femmes... et accessoirement la relique.



Vous l'aurez sans doute compris en parcourant le synopsis ci dessus , Subspecies présente un récit de suceur de sang classique, fait de pieux plantés dans le cœur, de morsures et de cercueils. Élément notable et concédons le amusant, deux visions du mythe vampirique s'affrontent dans ces mêmes 90 minutes. Radu, être monstrueux, blanchâtre, à la silhouette inquiétante et aux interminables griffes évoque sans retenue le Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau. Ted Nicolaou multiplie par ailleurs les clins d'oeil, laissant traîner l'ombre des mains de Radu sur les murs et la peau de ses victimes. Son frère Stephan est lui plus Draculesque, au sens romantique du terme, un jeune homme, grand, brun et séduisant (Angel de Buffy ou Twilight avant l'heure). A ce propos très manichéen répondent en chœur une réalisation appliquée profitant des extérieurs roumains,  quelques jolies séquences d'effets visuels et les joli minois de ses jeunes actrices principales. Pas de quoi faire une entrée fracassante dans l'histoire du fantastique, me direz vous. Mais reconnaissons à ce Subspecies, premier du nom, une grande qualité. Celle de délivrer un spectacle bisseux diablement amusant. Le plaisir de revoir (même furtivement) Angus Scrimm, l'éternel Tall Man du chef d'oeuvre de Coscarelli : Phantasm , en prime !



Il n'en faudra en tout cas pas plus pour que Full Moon mette en chantier une suite tout aussi mordante... et dans laquelle Ecranbis.com ne manquera pas de planter ses canines... Oh vous succubes de l'enfer vidéastique, ne vous éloignez pas trop de nos colonnes démoniaques et numériques.

Aucun éditeur français n'ayant pour l'instant montré le moindre intérêt pour ce film, le disque anglais édité par 88films constitue donc une alternative intéressante aux éditions américaines et surtout en zone 2. Les indécrottables amateurs de Full Mooneries carabinées peuvent donc se ruer sur la chose. D'autant plus que ces éditions profitent des nouveau transferts au format large réalisé par Full Moon. La qualité est globalement au rendez vous, même si l'image (format 1.78) est un poil moins emballante que celle des Puppet Master. Il s'agit de toute façon du meilleur master ayant jamais existé pour le film et vous ne trouverez pas mieux. Pour le plaisir des oreilles, une piste DTS stéréo honorable.


Dans le coffre à bonus:

- Des entrevues avec les acteurs et l'équipe du film
- Un montage
- Un épisode de vidéozone relatif au Making of de Subspecies
- Une bande annonce
- Un commentaire audio
- Et le traditionnel Full Moon Trailer Park qui regroupe dix bandes annonces des productions de la firme.


La chose est disponible à la commande sur Amazon.co.uk et play.com. Egalement disponible en Bluray.