Les machoires infernales : critique et test DVD


En mars, Crocofilms poursuit son exploration des recoins les plus nécessiteux de la culture pop et se penche avec un sympathique acharnement sur quelques pingreries filmiques en voie de fossilisation, bouts d'imaginaires n'ayant pas encore reçu les avances d'éditeurs français, faute de potentiel commercial ou de matériel "tip top". La pêche du jour est un classique de vidéo club ayant gagné son entrée dans le culte à la seule force de son titre (ou presque): Les mâchoires infernales ! Réponse instantané de William Grefe au «Jaws» de Steven Spielberg, ce Mako (son titre original) au discours halluciné et au doublage frenchy hallucinant valait bien une chronique de l'Ecranbis.


«Tout le monde croit que j'ai copié Les dents de la mer, mais en fait j'ai écrit les mâchoires infernales trois an plus tôt » assure le cinéaste..

Si pour les cinéphiles peignes zizis, le seul et unique fait de gloire de l'ami William Grefe fut de diriger les scènes de requins d'un épisode de James Bond ("Vivre et laisser mourir" en l’occurrence), les amateurs de cinéma d'exploitation lui reconnaîtront sans doute plus volontiers une carrière et une œuvre à la saveur délicieusement Grindhouse. C'est juste après le tournage de "Live And Let Die", que notre homme se fendra de la première ébauche d'un scénario titré «Mako». Mais dans l'ère pré Jaws, les croqueurs à nageoires n'ont pas encore la côte et Grefe peine à faire financer son projet. Il faudra attendre 1975 et la « Jaws Frenzy » pour que les investisseurs et distributeurs de tout poil ne retrouvent son numéro de téléphone. «Tout le monde croit que j'ai copié Les dents de la mer, mais en fait j'ai écrit les mâchoires infernales trois an plus tôt » assure le cinéaste... Une autre façon de dire que Mako c'est pas du moulage ?


"Mako se savoure par la désarmante naïveté de son incompréhensible historiette et une facture «made for drive in» à la quelle il faudra ajouter le bénéfice d'un doublage français en roue libre. "

A la vision de l’œuvrette, pas de doute possible, les propos de ces dents de la mort n'ont pas grand chose à voir avec les aventures estivales et croquantes du Sherif Brody. On s'y accroche aux palmes frétillantes d'un certain Sonny Stein, blondinet un tantinet perché ayant ramené d'un périple asiatique une amulette magique le protégeant des morsures de requins. Instantanément devenu l'ami des squales, le "mecton" n'hésite pas s'attaquer à tous les "Captain Igloo" du coin pour les offrir en casse-croûte à sa poiscaille adorée. Il vengera d'ailleurs chaque capture ou mise à mort animale jusqu'à un final abracadabrantesque dans lequel il finira lui même dévoré sous le regard médusé du spectateur, des autres acteurs, voire du squale censé l'ingurgiter. (Vous êtes sûre que je dois le bouffer là ? Parce qu'il me semblait que dans le script ...euh... ).


"Filmed without the benefit of cages, mechanical  sharks or other protective devices!" précise l'affiche originale...

Tourné en Floride pour ses extérieurs et aux Bahamas pour sa poignée de séquences aquatiques, (Filmed without the benefit of cages, mechanical  sharks or other protective devices! précise l'affiche originale), l'effort de Grefe bénéficie aussi pour ne par écrire surtout de la présence de Richard Jaeckel et de véritables bêtes à aileron. Pour le reste Mako se savoure par la désarmante naïveté de son incompréhensible historiette et une facture «made for drive in» à la quelle il faudra ajouter le bénéfice d'un doublage français en roue libre. Les amoureux de vieilles bobines et les défenseurs des animaux tout mordant soient ils, peuvent y aller en se tenant la main …



Un œil sur le disque :

Grefe n'ayant aux dernières nouvelles, toujours pas réussi à mettre la main sur les négatifs originaux de son chef d’œuvre, les éditions DVD de Mako disponibles de par le monde ne brillaient pas par le panache de leur master. État de fait que cette inattendue édition française ne changera nullement. «Les mâchoires infernales » nous sont présentées en 4/3 en VF only et avec une qualité aussi bandante qu'un poulpe échoué sur la plage. L'éditeur compense cette modestie technique par la présence d'une courte présentation (VOST) de Wiliam Grefe au lancement du film, une compilation de bandes annonce du maitre , un court métrage et surtout un deuxième disque nous proposant de découvrir «Impulse/Secret Pulsion» bobinette portée disparue dans laquelle William Shatner tente de relancer sa carrière. Un carton prévient, l'éditeur a encore une fois dut composer avec le matériel existant.