Summer of 8 : Critique


“Stranger Things”, “ça” et aujourd’hui “Summer of 84”… Sur la planète fantastique, l’heure est désormais à la nostalgie, à la révérence, à l'exploration des banlieues pavillonnaires américaines et d’une décennie profondément marquée par l’imaginaire Spielbergien. Les kids des eighties et autres petits frères des Goonies se disputent désormais les écrans pour le plus grand bonheur de la génération désenchantée. Si vous avez eu le bonheur de goûter aux années Rubik’s Cube en écoutant du Ah-a sur des walkmans aux faux airs de lunch box, L’Atelier d’Images a une surprise pour vous. Une édition bluray française - au passage très attendue - de “Summer of 84”. Une galette que vous pourrez trouver dans vos vidéostores à partir du 9 avril 2019. Ecranbis.com s’est jeté dessus avec quelques jours d’avance… Magneto Serge !


Sous le soleil brûlant de l'été 1984, le jeune Davey Armstrong, pré adolescent à l'imagination définitivement fertile vient par un concours de circonstance à soupçonner son voisin, accessoirement policier de son état, d'être un dangereux tueur en série. Il embarque ses meilleures amis dans une enquête cocasse qui ne tardera pas à se transformer en une aventure périlleuse...


"Un cinéma de régurgitation mais dans l'air du temps, au maniérisme parfois forcé (trop de citation tue la citation) mais toujours sympathique"


Le trio de cinéaste québécois RKSS ( pour Road Kill Superstars, appréciez  ! ) , composé de Yoan Karl Whissel, Anouk Whissel et François Simard s’était déjà rendu coupable de “Turbo kid”. Un métrage post apocalyptique, fauché comme les blés et passablement délirant, dont la nature révérencieuse ne faisait aucun doute. Les trois geeks s’y faisaient  les portes drapeau de la culture vidéo club et d’un cinéma d’exploitation frappé par la foudre. Un cinéma de régurgitation mais dans l'air du temps, au maniérisme parfois forcé (trop de citation tue la citation) mais toujours sympathique. Avec «  Summer Of 84  », un titre qui annonce la couleur,  RKSS poursuit donc son chemin et son trip régressif avec une œuvre, certes de commande, mais diablement réussie.

En toile de fond, cette Amérique aux périphéries de ses jungles urbaines, ses pattés de villas aux pelouses soigneusement entretenues. Les mêmes qui ont accueilli plusieurs décennies de Slashers, Teen movies et autres drames estudiantins. Le voisinage, ce monde inconnu caché derrière la palissade, de l'autre côté du gazon,  cette altérite à portée de main, y titille la curiosité d'une poignées de gosses  à l'imagination débordante.  Un loup se serait-il glissé dans le poulailler  ?  Un croquemitaine aurait-il posé ses valises en plein rêve américain? La normalité n'est pas  le plus efficace des camouflage  ? La thématique est  déjà abondamment illustrée – The Burbs du vénérable Joe Dante, ou encore plus récemment   Paranoïak de D.J. Caruso. L'on craint donc que Yoan Karl Whissel, Anouk Whissel et François Simard ne trouvent rien à ajouter à une équation au résultat connu d'avance.


«  Summer of 84  est d'abord un exercice de style, une succès formelle dont la substance hésite sans cesse entre le devoir inspiré et la franche réussite."


On craint , à juste titre, devrais-je ajouter car  sans surprise aucune, «  Summer of 84  » ne fabrique ni mythologie, ni univers et se contente de suivre les rails. Mais comme souvent tout est dans l'art et la manière.  «  Summer of 84  » est d'abord un exercice de style, une succès formelle dont la substance hésite sans cesse entre le devoir inspiré et la franche réussite. Dès lors, pourquoi devrions-nous bouder notre plaisir  ? Au diable les pisses froids et les cinéphiles exigeant, il y a ici de quoi nourrir nos passions pour le 7e art tout en nous remémorant nos plus belles années. Et ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de faire d'une  seule pierre deux aussi jolis coups  !